Dracula,

mythe et réalité

             Le 28 octobre, un beau jour d’automne, commence notre aventure dans la quête de la vérité sur le mythe de Dracula. Nous avons traduit en classes les légendes concernant la justice du Voïévode Vlad Tepes, mais nous connaissions aussi le film Dracula. Il est venu donc le grand temps de vérifier sur place la vérité cachée  derrière la fiction: le voïévode juste et honnête ou le vampire assoiffé  de sang.

            Dès l’aube avec mes collègues roumains et nos collègues tchèques, nous partons pour une longue expédition sur les traces du prince valaque Vlad L’Empaleur. Premier arrêt : les Gorges du Bicaz, que nous parcourons à pied pour admirer la beauté et la grandeur de la montagne. Nous nous arrêtons aussi au bord du Lac Rouge, un lac de barrage naturel, unique en Roumanie et à la surface duquel nous apercevons encore les pics carbonisés  des arbres de la forêt engloutie par les eaux du lac. Nous poursuivons notre route vers Sighisoara, qui est l’un des buts de notre visite de documentation. Avant d’y arriver, j’ai fait dans le car, pour mes collègues roumains, mais surtout pour nos invités tchèques,  une courte présentation de la ville et du prince Vlad L’Empaleur, né à Sighişoara.

            J’ai présenté quelques données historiques (ville fondée par des marchands et des artisans saxons à la fin du XIIe siècle sur l’emplacement d’une ancienne cité roumaine datant du 101-102 avant J-C) et j’ai fait aussi la remarque que la citée de Sighisoara était comprise aujourd’hui dans le patrimoine UNESCO, en raison du fait qu’elle était une ville médiévale européenne, dont les vieux édifices et bâtiments sont encore fonctionnels et bien soignés.   

Picture 040            Une fois à Sighisoara, nous commençons par la visite de la Tour de l’Horloge qui abrite depuis 1899 le Musée d’Histoire et qui garde des témoignages sur le passé de Sighisoara à partir de l’époque des Daces. Le guide nous explique que la citadelle s’étend sur un périmètre d’environ un kilomètre entouré par des remparts entrecoupés de tours et de donjons. Il y a neuf tours, chacun portant le nom de la corporation responsable de son entretien. La Tour de l’Horloge a été construite au XIVe siècle et avait le rôle de défendre l’entrée principale de la citadelle et d’y accueillir l’assemblée de la ville.

            L’Horloge, qui se trouve dans la partie superieure de la Tour, date du début du XVIIe siècle. En 1648 on y a rajouté un carillon avec des statues en bois, représentant les divinités romaines symbolisant les jours de la semaine. La journée  s'ecoule entre l’apparition à 6 heures du matin de l’Ange du Jour et à 18 heures  de ‘Ange de la Nuit, qui tient deux bougies dans les mains. A minuit, les personnages symbolisant les jours de la semaine font leur apparition, les uns après les autres.

Notre guide nous a parlé ensuite du voïvode Vlad Ţepeş (1431-1476), surnommé L’Empaleur, en raison de la férocité, dont il faisait preuve à l’égard de ses ennemis, car les Chroniques de l’époque évoquait le caractère intransigeant et cruel du prince valaque, qui soumettait au supplice de l’empalement tous les malfaiteurs. La forte personnalité a inspiré l’écrivain irlandais Bram Stoker dans la création, en 1867, de sa fiction romanesque ayant au centre le comte Dracula, un vampire assoiffé de sang. Il a fait, sans doute, cette association avec le nom de Vlad L’Empaleur, parce qu’il était également appelé Dracula.

            Le nom de Dracula vient de celui de son père, Vlad II, qui avait été un chevalier décoré en 1431, à Nuremberg, de l’Ordre des Dragons, par Sigismund de Luxembourg. Les armoiries de cet Ordre représentaient un dragon ailé, symbole du démon dans le folklore et l’art roumain. C’est ainsi que Vlad II est devenu pour les Roumains le «Drac», c’est-à-dire le Dragon, le Diable.   

            Le mythe de Dracula a été créé et perpétué par  les chroniqueurs saxons et les moines bénédictins et capucins mechants qui exagéraient la cruauté du voïvode roumain.. Son image de Dracula, prince des Carpates, a été davantage noircie par l'association avec celle de la comtesse hongroise Elisabeth Bathory, qui avait assassiné 650 jeunes filles de sa cour afin de s'assurer  par leur sang frais la jeunesse éternelle.

            Beaucoup d''encre a coulé à l’époque dans toute l’Europe sur la cruauté inouïe de Vlad L’Empaleur . Des livres tels que: Les cruautés de Dracula Voïvode écrit en allemand, par les Saxons, étaient lues comme des contes de fées. Ce livre parlait aussi beaucoup de l’humour noir que le voïévode mêlait  «dans ses cruautés». Il y a dans ce sens l’histoire sur l’ordre donné par Vlad L’Empaleur de clouer dans la tête les turbans des Turcs qui ne voulaient pas les tirer devant lui. Ou bien l’histoire selon laquelle le domestique qui faisait des grimaces, parce que le voïévode l’avait mis à travailler autours des pals dans lesquels étaient empalés les cadavres des condamnés qui avait été sévèrement punis. Le voïévode a ordonné que le domestique soit empalé dans un pal plus haut, pour qu’il soit à la hauteur et que l’odeur n’arrive jusqu'à lui. Mais il y a aussi Les contes slavons sur Dracula, qui évoquent l’esprit justicier du voïévode qui « appliquait la mort à tous les gens malhonnêtes, fussent-ils grands boyards, prêtres, moines ou hommes du peuple, fortunés ou non ». Les légendes du folklore roumain ont rendu célèbre la capacité du voïévode d’avoir su imposer l’honnêteté à un tel point que personne n’osait voler le moindre coup d’or oubliée sur le bord d’un puits de Targoviste.

Picture 039Dans le sillon du voïévode identifié spécialement par les touristes étrangers avec le comte vampire Dracula, nous avons trouvé juste en face de la Tour de l’Horloge la maison où il a vu le jour en 1431. Dans cette maison il n’a passé que peu d’années de son enfance parce qu’il avait été fait otage avec son frère plus jeune, à la cour du sultan Murad II. C’est ici qu’il a apprit l’art de la guerre et cette horrible torture pratiquée par les Turcs, l’empalement, qui lui avait rendu la triste célébrité. La maison de Vlad Dracul est devenue de nos jours un restaurant meublé en style gothique où l’on peut savourer des plats traditionnels roumains. Ce qui évoquent encore ici la figure du sanguinaire voïévode, l'inspirateur du mythe du vampire, sont seulement une plaque en marbre avec son nom et certains plats du menu .

            Nous sommes ensuite montés les 175 marches datant du XVIIe siècle du grand escalier en bois couvert pour arriver à l’Eglise de la Colline, construite au XIVe siècle. A l’intérieur on a pu admirer des fresques du XVIe siècle et une crypte romane.

            Nous avons visité aussi l’église du monastère, une construction du XVe siècle en style gothique qui est bien connue par son autel type Renaissance et son pupitre baroque.PROIECT (128)

            En descendant sur les ruelles de l’ancienne ville, nous avons croisé des groupes costumés en habits d’époque nous donnant ainsi l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps, dans l’atmosphère médiévale d’il y a quelques siècles.

Notre professeur nous a attiré l’attention sur l’architecture des maisons de la Transylvanie qui est tout à fait différente de l’architecture moldave. Ici, tout est fermé, les maisons sont hautes et bien clôturées, avec des façades donnant sur la rue et rangées presque symétriquement, tandis qu’en Moldavie, tout est ouvert, on peut voir à l’intérieur des cours et la disposition des maisons est plus variée.

Vu que nous sommes attardés un peu plus à Sighisoara, nous avons dû renoncer à visiter la citadelle de Biertan, monument médiéval du XVe siècle, inscrit au Patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. Notre professeur nous a dit qu’ici nous aurions pu admirer les plus grands retables d’autels de Transylvanie. Alors nous nous sommes dirigés vers Bran pour y passer la nuit.

1598209-Bran_Castle_Bran-Romania            Le lendemain nous avons commencé par la visite duchâteau de Bran, un autre monument lié à l’image du prince Vlad L’Empaleur, par le fait qu’il a fait partie de  ses biens et qu’il est possible qu’il ait été accueilli pour un certain temps.

            Mais si nous nous sommes attendus à trouver un château ténébreux comme dans les légendes associées à Vlad Tepes, il faut avouer que nous avons été bien déçus. Devant nous se dressait un château des contes de fées, un château mélangeant des éléments gothiques, renaissances et romantiques.

            Au delà de la légende, amplifiée également par l’imagination du visiteur cherchant le sensationnel, le château de Bran, érigé par les chevaliers teutons et reconstruit de 1377 à 1378 par les bourgeois de Brasov, a accompli durant toutes les époques, des fonctions d’importance historique. Il a eu le rôle de faire le guet et de défendre le Pays de Bârsa et le commerce de cette contrée. Il a été le siège administratif du domaine de la cité de Bran et depuis la première moitié du XXe siècle, il est devenu l’une des résidences d’été de la reine Marie de la Roumanie.

            La restauration et la transformation dePicture 052   la forteresse en château, suivant pourtant le modèle stylistique des phases antérieures, a été réalisée par l’architecte de la cour royale, le Tchèque Karel Liman. Cette information a agréablement impressionné nos invités de la République Tchèque. A mon avis, c’est une belle preuve de l’ouverture des Roumains aux autres et de l’appréciation du goût artistique des autres peuples.

            Avant de quitter ce château meublé selon les goûts de la reine Marie, demontrant son amour profond des traditions locales et du baroque allemand et italien, nous avons pu visiter aussi Le Musée d’architecture traditionnelle, qui se trouve à l’intérieur de l’enceinte du château. Ce musée, structuré comme un village, avec des maisons en bois typiques, des étables, des bergeries et des ateliers de tissage, retrace l’évolution des maisons paysannes et montre les principales activités de la région.

            Les seuls indices sur le mythe de Dracula c’est le commerce qui se déroule à la porte d’entrée du château et dans le parking où les amateurs de souvenirs portant la marque Dracula peuvent s’acheter des poupées vampires, des T-shirt ou autres objets touristiques.

            Nous continuons notre visite de documentaPicture 069tion au Château de Peles, à Sinaia, bâti entre 1875-1883 dans un style prédominant néo-renaissance allemand caractérisé par le profil asymétrique et la structure élancée couronnée des toits en pointe et l’abondance du bois sculpté et des éléments décoratifs. Entre 1893-1914, c’est toujours l’architecte tchèque Karel Liman qui a transformé et agrandi le Château de Peles, jusqu'à la forme actuelle, en y mettant à la fois une forte empreinte personnelle. Il a bâti aussi les autres édifices du complexe: le Château Pelisor et le Foisor.

            Les terrasses du château, conçues dans le style néo-renaissance italien, sont ornées de statues, des vases, des colonnes et des fontaines contribuant ainsi à son intégration harmonieuse dans le paysage naturel. L’intérieur présente les mêmes éléments du style néo-renaissance allemand, mais il y a aussi des pièces décorées en style renaissance italienne, anglaise, baroque allemand, rococo, hispano-maures  ou turc.

            Ce qui est le plus intéressant pour notre projet et qui constitue une source d’inspiration pour la réalisation des costumes et des décors pour la mise en scène de nos contes de fées ce sont les peintures sur toile, signées Dora Hitz, illustrant des contes de fées allemands et les vitraux représentant des légendes et des contes de fées roumains qui se trouvent dans l’ancienne Salle de musique, transformée à partir de 1905 au désir de la reine Elisabeth, connue sous son pseudonyme littéraire de Carmen Sylva, en Salle de littérature.

            Nous tous, nous avons été émerveillés par ce magnifique château qui est de nos jours l’une des demeures royales les mieux conservées et qui a été le premier château d‘Europe à être équipé de l’électricité et d’une installation de chauffage central.

            L’après midi, certains d’entre nous ont choisi à visiter le monastère Sinaia, moi et quelques collègues tchèques, nous avons préféré faire une promenade dans la montagne pour profiter de la beauté de la nature.

            Le troisième jour, il a fait mauvais temps, il pleuvait et dans notre route de retour nous nous sommes arrêtés à Brasov, juste pour visiter l’Eglise Noire et  faire un petit tour de la Place du Conseil, du centre médiéval de la ville.

            Aprés avoir visité un monastère orthodoxe (le monastère de Sihla), nous avons eu ici l’occasion de visiter une église évangélique et de faire une comparaison. L’Eglise Noire, construite entre 1383-1421, est la plus grande église gothique de Vienne à Constantinople. Le somptueux édifice doit son nom à l’incendie de 1689, lorsque les flammes et la fumée ont noirci ses murs.

            Nos collègues tchèques ont remarqué que cette église rappelle la Cathédrale St Veit de Prague. Ils ont reconnu la statue (extérieur) et le portrait du réformateur Johannes Honterus car la religion de nos collègues tchèques est la religion reformée.

1_biserica%20neagra%20noua            A l’intérieur on a pu admirer la peinture de grande valeur européenne la Vénération de la Sainte Vierge avec le Saint Enfant par la Sainte Catherine et par la Sainte Varvara, datant de 1476 et restaurée en 1970 par des spécialistes de l’UNESCO, la collection la plus riche d’Europe de tapis anatoliens appartenant au XVIIe et XVIIIe siècle et la grande orgue, prévue de 4000 tubes, réalisée par le constructeur d’orgues Buchholz de Berlin et conservée dans sa configuration originale.

            Cette deuxième visite de documentation nous a laissé de beaux souvenirs que nous garderions toujours dans nos esprits. Nous avons beaucoup appris sur l’histoire et la culture de notre pays, nous avons fait des parallèles entre la culture roumaine et la culture tchèque et entre les cultures des deux provinces historiques du pays, à savoir la Moldavie et la Transylvanie.   

                                                                  Réalisé par : Petronela Dănilă

                                                Professeur coordinateur : Carmen Lozonschi